Prend-on plaisir à gouverner ?
- Karim Bouhassoun
- 18 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 janv.
Prend-on plaisir à gouverner ?
Dans son ouvrage Hiéron, ou de la tyrannie, Xénophon, l’historien et philosophe athénien du 4e siècle avant J-C fait parler un personnage, Hiéron, qui se retrouve devant le vertige du pouvoir. C’est un tyran, qui détient le pouvoir, mais qui ne prend aucun plaisir à gouverner car il se sait détesté par son peuple aussi bien que par ses proches.
On ne peut pas mener un pays si on n’est pas aimé. C’est cela que traduit la démocratie moderne et c’est ce qui est au fond de la crise de politique de notre pays.
Nous ne pouvons pas avoir de premier ministre car il serait immédiatement mise en difficulté par un des trois grands courants politiques présents à l’Assemblée nationale. Nous, Français, contrairement aux Allemands, nous ne savons pas faire de coalitions pour dépasser les clivages des urnes. Alors comment s’en sortir ?
La crise politique met en lumière les insuffisances de la Constitution de la Ve République.
Il faut cesser d'en appeler à une dissolution de l'Assemblée nationale comme la voie miraculeuse vers une sortie de la crise politique.
Pourquoi ? car appeler les Français à choisir à nouveau leurs députés n’est pas une garantie pour l’avenir. La démocratie, ce n’est pas l’appel permanent aux urnes. Et nul ne peut prédire que nous ne retournerons pas à un tripartisme (à savoir la situation actuelle) après les élections. Si le président dissout l’Assemblée nationale, il pourra se retrouver à nouveau sans majorité. Et donc sans gouvernement stable.
La solution ne peut pas venir pendant ce quinquennat, mais à l'issue de celui-ci. En 2027, il faudra mettre au programme de la prochaine élection présidentielle un référendum sur la réforme de la Constitution. C’est dans ce texte, cette loi fondamentale de la République, qu’il faut inscrire un article qui donne plus de pouvoir à l'exécutif – donc au président de la République – pour tenir les rênes du pays. Et pour stabiliser le pays, il faut que son budget ne soit pas empêché sans risque de censure. Mais sans retirer le passage obligatoire des textes au Parlement, assemblée nationale et Sénat. Et sans nuire à dimension démocratique de notre pays qui dépend d’un débat au Parlement.
Oui, la tête de l'État ne sait plus où aller, on serait tentés de se demander s'il faut un homme providentiel, ou bien laisser couler la crise jusqu'à un embrasement. Une crise sociale et politique généralisée qui serait régénératrice… le vieux rêve des révolutionnaires.
Le plus est donc encore de changer de régime, comme je le démontrais : c'est-à-dire modifier notre Constitution pour assurer plus de pouvoir encore à l'exécutif, au président et à son gouvernement.
C'est la solution. Car les réserves que Michel Debré, le père de la Constitution, avait apportées au pouvoir présidentiel absolu (qui au demeurant aurait pu s'aligner sur le modèle américain) qui n'étaient pas utilisées après 1958 deviennent opérantes avec un tripartisme. Avec une majorité introuvable à l’Assemblée nationale, le président est affaibli.
Plus on avance plus il est clair que la solution à la crise politique de notre pays, si on veut rester une démocratie, est plutôt constitutionnelle que politique. Elle n’est pas partisane (les partis font partie du problème), et elle doit encore moins avoir lieu dans la rue.
En somme, gouverner, c’est renoncer, et je citerai en cela l’homme d’État et philosophe romain Cicéron qui nous dit dans son ouvrage De la République :
« Il n'est point d'État auquel je refuse plus nettement le nom de chose publique qu'à celui qui est placé tout entier dans les mains de la multitude. »

Retrouvez ici la présentation du livre en vidéo "Soyons philosophes - Karim Bouhassoun" de Karim Bouhassoun paru chez l'Harmattan







Commentaires