Peut-on faire la paix par la guerre ?
- Karim Bouhassoun
- il y a 3 jours
- 4 min de lecture
Un idéal fugace
Nous pensons hériter de la paix comme une construction, mais, du jour au lendemain, elle nous échappe, elle apparaît dans toute sa fragilité.
La paix n’est pas un aboutissement, elle est le résultat d’un processus foncièrement instable qui nous donne l'illusion qu'elle est un état de repos. Alors qu'elle couve les conflits à venir. La question pourrait alors être reformulée ainsi : « la paix est-elle un idéal ou doit-on y renoncer ? »
La paix est donc un plutôt un état transitoire que la destination finale des sociétés humaines. Au fond, la paix pourrait être une illusion, un entre-deux fugace.

Comment définir la paix ?
La paix a différentes définitions et différents moyens d’être établie. C'est d'abord un idéal moral, qui peut être obtenu différemment selon les situations. Sur le plan individuel, la paix intérieure survient dans l’absence de troubles et dans l’équilibre mental et psychique, le calme, la solitude ou encore la proximité des êtres aimés, la satisfaction ou encore l’apathie, l’absence d’émotions. La paix militaire, quant à elle, peut être atteinte politiquement, ou par le droit avec les traités, ou encore par les armes dans le but de contraindre (les armes économiques et militaires), avec la capitulation et la défaite totale d’une ou de plusieurs parties.
La force seule, pourtant, ne suffit jamais : qui peut croire que les politiques d’armement et de conquêtes soient génératrice de paix ? Au Moyen-Orient, la situation dit tout le contraire. La surenchère d'armement ne peut mener qu'à plus de souffrances humaines, comme en témoigne le génocide en Palestine. Des civils ont été bombardés avec une quantité d'explosifs jamais atteinte dans l'Histoire.
La tranquillité en soi pour soi
La paix peut être un état donc cet individuel ou collectif. Elle peut être définie donc comme le calme et la tranquillité en soi pour soi. Ou encore l’absence de trouble ou de conflit pour la personne, entre les personnes ou pour le corps social. Concorde entre des pays qui visent à créer un ordre international excluant le recours à la force.
Nous voulons la paix, mais la guerre semble inéluctable. La guerre semble surgir de partout et toujours. C’est le sentiment qui nous vient quand on connaît l’Histoire et qu’on observe l’état du monde aujourd’hui : il y a une inéluctabilité de la guerre, et, sans cesse, le même refrain. La guerre est donc humaine, trop humaine, pour paraphraser Friedrich Nietzsche, qui dans son essai rappelle que l’homme a une part irréductible de médiocrité et de faiblesse.
La guerre est dans nos gènes...
La guerre est une fatalité car on y revient toujours. Pour défendre nos intérêts, on en vient souvent au conflit, en choisissant d’imposer ce qu’on croit être son droit par la force. Cette infamie revient irrémédiablement et avec une intensité toujours plus forte. Nous sommes donc une espèce fondamentalement guerrière. La paix n’étant qu’une illusion transitoire. L’Homme porte en lui, semble-t-il, une énergie mortifère, qui s’exprime par la guerre qui en est prolongement parce qu’elle en est l’exutoire. Il faut tuer, soumettre, détruire, anéantir pour exister. Cela est vrai pour Sigmund Freud pour qui, je cite « aussi longtemps que les peuples auront des conditions d’existence aussi différentes et que leur répulsion mutuelle sera si violente il y aura nécessairement des guerres.[1] » Des pulsions incontrôlables donc exacerbées par la haine de l’autre ou bien encore les inégalités. La guerre, nous dit encore Pierre-Joseph Proudhon, est « inhérente à l’humanité et doit durer autant qu’elle : elle fait partie de sa morale. »
Thomas Hobbes, un philosophe contractualiste décrit dans De Cive un état de nature où la vie est « solitaire, misérable, cruelle, animale et brève ». Pour les « philosophes du contrat », la guerre est un penchant naturel et primordial de l’homme. Pour sortir de l’état de « guerre de tous contre tous », le Bellum omnium contra omnes décrit dans la préface du De Cive, il faut un contrat social. Un contrat qui nous lie tous et qui transmet le pouvoir de violence à une personne constituée de l’ensemble des individus, c’est le Léviathan de Thomas Hobbes, un Etat constitué pour assurer « la paix et la sécurité » des individus devenus désormais citoyens.
... mais la philosophie ne renonce pas à l'utopie
La philosophie, pour autant, ne renonce pas à l’utopie, qui est assumée comme une fiction utile, un idéal inatteignable qui dit le refus du renoncement face à la violence. C’est ce qui a inspiré le philosophe allemand Emmanuel Kant et son Projet de paix perpétuelle publié en 1795, préfigurant le courant idéaliste en relations internationales. Un courant qui a inspiré les travaux pour une paix universelle, avec la création entre les deux guerres de la Société des nations.
La paix est un idéal. L’état de repos de l’humanité, c’est le conflit et la guerre. Mais la paix est une obligation car sans elle, aucune civilisation de ne peut fleurir.
[1] Considérations actuelles sur la guerre et la mort
Retrouvez ici l'article "Interroger le lien entre guerre et paix" : une conférence à la croisée de la géopolitique et de la philosophie à Narbonne au sujet d'une conférence donnée à Narbonne par Karim Bouhassoun.




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