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Se révolter est-il citoyen ?

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Se révolter est-il citoyen ?

 

Puisons dans les sources anciennes de la philosophie d’abord. Rejeter le système coûte que coûte, c’est le prix payé par Socrate (en 399 avant J.-C). Le philosophe a préféré la mort à la compromission politique et publique. En buvant la coupe de ciguë depuis sa prison d’Athènes, il a scellé son opposition au système politique qui prévalait dans la Grèce classique après la guerre du Péloponnèse. « Ce que vous ensevelissez, ce ne sera que mon corps », est-il écrit dans le Phédon de Platon qui relate les dernières paroles de la mort de son maître Socrate. Le bon citoyen athénien est un résistant.

 

Mourir pour renaître différemment, c’est ce qui attend les sociétés complexes.


Comme les sciences évoluent par bonds, les sociétés changent, parfois progressivement, parfois subitement et violemment. Les révolutions politiques et sociales fonctionnement comme les révolutions scientifiques. Observez plutôt le parallèle que l’on peut faire. Pour Thomas Kuhn (1922-1996), la science progresse par bonds, par « révolutions. » Les nouveaux paradigmes annulent et remplacent les systèmes anciens pour devenir de nouvelles « normalités » et le point de départ de nouveaux travaux. Les sciences fonctionnent par « révolutions », comme les sociétés. Une société démocratique n’est un pas long fleuve tranquille de sages individualités. Elle est prise de convulsions lorsqu’elle est malade.

 

 

Le citoyen d’aujourd’hui résulte d’une série de résistances révolutionnaires.


L’Historien Pierre Rosanvallon nous parle de « sacre du citoyen » survenu progressivement dans le temps. Son statut n’est absolument pas opposé à la contestation. Car il a été lui-même graduellement conquis dans la douleur. C’est le résultat d’un processus fait de ruptures. En 1789, 1848 et 1945, son statut juridique a été conquis durement. Avec la Révolution, le citoyen devient détenteur de droits civils, politiques et sociaux qui lui étaient niés sous l’Ancien régime. Tant de sang a coulé pour qu’il devienne un être moral. Il concède des services à la nation dans un échange permanent. Le droit de vote s’accompagne de l’obligation du service militaire. Le consentement aux impôts passe par un accord du Parlement qui représente le peuple conformément au principe anglo-saxon « no taxation without representation. » La Révolution de 1848 a été un cran supplémentaire. « Quel est ton nom. Je m’appelle Droit au Travail » nous dit Proudhon.


La révolution comme "crise positive"


Et c’est ainsi partout sous de nombreuses latitudes. Révolution française, Glorieuse Révolution en Angleterre, Restauration japonaise, guerre de Sécession aux États-Unis, cas du Botswana... autant de révolutions, autant de « crises positives. » Autant de cas où la crainte du chaos a laissé la place à un ordre nouveau plus humaniste et égalitaire, plus progressiste au sens politique du terme. La question ne se pose pas de savoir donc si on peut se révolter en tant que citoyen. Mais il faut plutôt considérer que c’est l’absence de contestation qui réduit la citoyenneté. 


 

 

 
 
 

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